6ème édition

La santé, moteur d'innovations
du Bâtiment

Le 15 juin 2017, à Paris,
Cité des sciences et de l’industrie

La santé, victime ou moteur d’innovations du bâtiment. XPAIR Mai 2017

Dr. Suzanne Déoux, MEDIECO, ingénierie de santé dans le cadre bâti et urbain

La prise en compte de la santé dans le bâtiment est souvent vue comme une contrainte et non comme une possibilité d’innover. Or, concevoir, construire, exploiter des bâtiments afin qu’ils soient biocompatibles impulse des améliorations techniques.

Une innovation pensée uniquement comme un progrès technologique, sans évaluation sanitaire préalable, peut avoir des effets pervers à long terme dont les conséquences humaines et financières risquent d’être colossales.

Les effets positifs du principe de précaution sont rarement évoqués. Or, il stimule les évolutions techniques voire l’innovation, la recherche de produits ou d’équipements plus sûrs et engage l’économie du bâtiment dans une voie plus responsable et sociétale.

La santé ne peut être une option dont la prise en compte viendrait après les performances énergétiques et environnementales des bâtiments. Elle s’impose désormais comme un élément incontournable dans les nouveaux axes de recherche et de développement de l’industrie de la construction et dans les nouvelles approches de l’art de bâtir. C’est tellement vrai que les « Trophées Bâtiment Santé Innovations » organisés par l’Association Bâtiment Santé Plus ont connu un vif succès avec 41 candidatures retenues dans quatre catégories de thématiques importantes : « Démarches santé innovantes », « Mesures qualité de l’air innovantes », « Technologies innovantes d’amélioration de la qualité de l’air intérieur » et « Produits innovants ».

Le bâtiment, un moteur des performances humaines

La maîtrise d’oeuvre est de plus en plus consciente que le bâtiment ne se résume pas au seul objet architectural, mais qu’il façonne la vie de chacun de nous. La qualité de l’apport de lumière naturelle et des sources lumineuses artificielles, les performances acoustiques et thermiques, la qualité de l’air des bâtiments ne sont pas seulement des éléments de confort, mais des paramètres de santé et de bien-être.

La lumière ne sert pas qu’à voir. Naturelle, elle est un puissant synchroniseur des rythmes biologiques. Un environnement sonore optimisé est à la base d’une meilleure communication orale, d’une plus grande concentration, d’apprentissages moins fatigants, d’une diminution du stress et de ses conséquences sur le système neurovégétatif. Quand la température est adaptée aux activités qui se déroulent dans les espaces intérieurs, elle assure une économie d’énergie physiologique au corps humain pour stabiliser sa température corporelle centrale autour de 37 °C.

Une prise de conscience récente : on respire dans les bâtiments ! Et l’air des espaces clos, souvent dégradé, est actuellement reconnu comme un déterminant significatif de la santé de la population et un réel enjeu de qualité de vie. La santé, on la respire ! 2 millions d’années de vie en bonne santé perdues chaque année dans les 26 pays européens, c’est le poids des maladies associées aux principaux polluants de l’air intérieur.

Si une bonne qualité de l’air évite de nombreuses maladies, elle a aussi des effets positifs démontrés. En effet, différents polluants de l'air comme les particules et diverses substances chimiques modifient l'efficacité du processus d'oxygénation dans le sang. L’air respiré agit ainsi sur la pensée et la concentration. Dans les salles de classe, accroître la quantité d’air neuf augmente de 14 % les performances en calcul (Wargocki and Wyon 2007). Le taux d’absentéisme pour cause de maladie des enfants et des professeurs est également diminué. Dans les immeubles de bureaux, on note un gain de 1,9 % de performances lorsque le débit d’air est deux fois plus important ou avec une réduction de 50 % des polluants de l’air. Rapportés à la masse salariale qui représente près de 90 % du coût de fonctionnement du bâtiment, ces pourcentages d’augmentation de la productivité ne sont pas négligeables.

Les risques sanitaires, leviers d’innovation

Le constat de la détérioration progressive de l’air de nos espaces intérieurs et de ses impacts sanitaires, surtout respiratoires (allergies, asthme, bronchite chronique,  accident vasculaire, cancer du poumon…) impose et accélère désormais l’innovation portant sur des matériaux, outils de mesure, méthodologies, etc… Citons quelques exemples.

La pollution atmosphérique est suffisamment médiatisée pour réfléchir à la qualité de l’air apporté aux bâtiments, surtout à proximité d’un trafic routier intense. Pour réduire le transfert de polluants de l’air extérieur vers les espaces intérieurs, différents systèmes performants de filtration sont proposés vis-àvis des particules et composés chimiques. De nouvelles normes sont mises en place pour intégrer la préoccupation sanitaire liée aux particules les plus f